Un peu de lui sera au départ du Vendée Globe, dimanche. Le sérigraphe hennebontais met sa griffe sur les vêtements d'une quinzaine des teams engagés dans le tour du monde à la voile.

 

Une encre amoureuse est de celle qui s'attache. Elle aimante presque les doigts quand on les glisse sur le « S » doré, finement ciselé, du nom d'une des entreprises clientes de Costard Sérigraphie. L'encre amoureuse et toutes les autres sont la passion de Jacques Costard. Seul, avec un ouvrier dans son vaste atelier d'Hennebont, il marque de son empreinte, chaque année, des milliers de vêtements de marins, pêcheurs et surtout de coureurs des mers.

Vents portants

Vendée Globe, Jacques Vabre, Route du Rhum , Banque Populaire, Gitana, St-Michel-Virbac : les habits de mer sont la marque de fabrique de cette petite société installée dans la zone industrielle de Kérandré, à Hennebont, pas très loin du Blavet. « Le premier qui est venu me voir, c'est Olivier de Kersauson. » Les autres ont suivi.

Jacques Costard fouille dans sa mémoire. Déjà presque vingt ans qu'il ancre ses couleurs résistantes aux embruns dans le dos des coureurs des océans.

« C'est arrivé par hasard. Je ne suis jamais sorti de mon atelier pour aller démarcher des clients. Quand Philippe Monnet venait ici, on allait prendre un café… » La qualité du travail, la proximité géographique et le bouche-à-oreille ont fait le reste. 80 % du travail de Costard Sérigraphie part au large.

Artiste et bidouilleur

Parmi ses gros clients « marins », Guy Cotten, le fabricant finistérien : des milliers de produits, sacs étanches, vestes, pantalons techniques. « On reçoit la matière première, on marque, les vêtements sont montés ensuite », décrit Jacques Costard, des toiles de sacs à la main. Derrière lui, des dizaines de pots d'encres, des couleurs qu'il « bidouille » jusqu'à trouver la bonne teinte, la résistante indispensable.

Autodidacte, formé par un imprimeur en région parisienne avant de revenir chez lui en pays lorientais, Jacques Costard manie créativité et ingéniosité. « On doit avoir un certain sens artistique mais aussi faire marcher des machines, trouver des solutions pour des demandes uniques. C'est un travail très méticuleux. D'ailleurs, autrefois, il y avait beaucoup de femmes dans la sérigraphie. » Comme ces tee-shirts portant le visage du skipper Yann Éliès, plus vrai que nature : un résultat bluffant !

Quand le sérigraphe revient à terre, c'est pour toucher le haut de gamme. Il s'est fait un nom dans le marquage d'objets publicitaires de luxe en plexiglas, Baccarat, Chantal Thomass, L'Oréal… Son principal client : Pluxi Décor, à Landévant.

Air marin sur le Blavet

Ces derniers jours, l'atelier s'est peu à peu vidé. Les derniers cartons ont été envoyés aux Sables-d'Olonne, chargés des vêtements techniques qui feront le tour du monde ou destinés aux invités des sponsors. Jacques Costard ne sera pas sur les pontons vendéens ce week-end. Il préfère recevoir chez lui, près de ses machines et de ses couleurs, même si les skippers ne viennent plus beaucoup discuter eux-mêmes des produits, laissant la place aux professionnels de la communication.

« On approche de la fin de la très haute saison », souffle Jacques Costard. Du Spi Ouest-France à La Trinité-sur-Mer, à Pâques, jusqu'au salon Nautic à Paris, en décembre, l'atelier tourne sans discontinuer. L'atelier hennebontais marque même du matériel électronique embarqué de la société voisine NKE. Un petit air marin souffle sur les rives du Blavet.

Source Ouest France novembre 2016